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Archives mensuelles : mars 2017

L’incroyable business des #fakenews

J’ai toujours cru que les fausses nouvelles étaient orchestrées par d’obscurs groupements politiques aux sombres desseins. La réalité est encore pire !

Au départ c’est un innocent post Facebook de la députée Magali Orsini qui m’a fait réagir : Crocodile découvert dans le Lac Léman !

Crocodile-magaliLe lien pointait vers un article du site actualite.co.

On en voit beaucoup sur Facebook, de ces sites, aux noms apparemment légitimes mais que personne ne peut relier à un organe de presse ou d’information reconnu.

Souvent, ils colportent des messages de haine, ou alors, des news destinées à attiser celle-ci.

Je savais donc que j’avais affaire à un #fake mais aujourd’hui, la curiosité m’a poussé à creuser plus loin.

Ce que j’ai découvert m’a laissé sans voix !

Saviez-vous que des news comme celle du crocodile, vous pouvez les créer vous-mêmes en 5 minutes?

actualiteVisitons le site actualite.co. La page d’accueil est explicite :

« Crée ta blague rapidement » !

N’importe qui peut donc, gratuitement, créer sa fausse actualité, la publier sur les réseaux sociaux, créer des réactions, lancer des rumeurs…

Ce site là a encore l’air d’être relativement innocent, on parle de blagues et on affirme que les propos racistes et haineux sont prohibés.

Mais cette première découverte m’a donné envie d’en savoir plus.

Je me suis donc focalisé sur les élections américaines, où l’on a beaucoup entendu parler de l’influence des fake news. Quelques clics sur Google m’ont permis de découvrir qu’un bon nombre des sites répertoriés comme colporteurs de fake news pendant la présidentielle étaient enregistrés au nom d’un certain Jestin Coler.

La journaliste radio Laura Sydell a suivi en novembre dernier le même raisonnement que moi, et a poursuivi M. Coler jusque dans la banlieue de Los Angeles, où il résidait.

Cet homme, qu’elle qualifie de « parrain du business des fake news« , a créé et dirige depuis 2013 Disinfomedia, une compagnie qui possède les sites NationalReport.net (toujours actif) et USAToday.com.co, WashingtonPost.com.co (aujourd’hui hors ligne) ainsi que de nombreux autres.

Jestin-ColerCertains de ses sites ont publié pendant la campagne présidentielle de fausses informations qui sont devenues virales par la suite.

Il y a eu celle qui affirmait que « Un agent du FBI ayant révélé des emails de Clinton a été retrouvé mort dans des circonstances suspectes ».
Complètement fausse mais partagée plus d’un demi million de fois sur Facebook.

Une autre de ses fausses infos a même poussé un élu du Colorado à proposer un projet de loi pour « Empêcher les gens bénéficiant de bons d’alimentation de l’assistance publique d’utiliser ceux-ci pour acheter de la marijuana », le tout, là aussi, basé sur quelque chose qui n’est jamais arrivé !

Les motivations de départ de M. Coler, qui vote démocrate, étaient louables :

Son intention était de créer des fausses nouvelles haineuses, de les propager sur les réseaux sociaux de l’alt-right, l’extrême droite américaine, pour démontrer à quel point il est facile d’influencer ces gens-là.
Il voulait, en dénonçant ensuite publiquement ses propres fausses nouvelles, révéler le potentiel de manipulation de l’opinion dans l’extrême droite.

L’interview montre que, quelque part en chemin, les belles motivations idéalistes se sont évaporées. Le succès de ses fausses nouvelles auprès d’une certaine frange de la population, qui en est carrément avide, a dépassé toutes ses espérances.

Aujourd’hui M. Coler ne s’embarrasse plus de considérations morales : sa compagnie emploie environ 25 rédacteurs et il vit confortablement (un salaire entre $ 10’000 et $ 30’000 par mois) grâce aux royalties engrangées par les clics sur les publicités de ses sites web. Il sert aux gens « ce qu’ils veulent entendre ». Plus la nouvelle est outrageuse, plus elle sera partagée, plus il y aura de clics.

Selon son propre aveu il a même essayé d’écrire des fausses nouvelles pour les libéraux mais cela n’a pas pris, « ils refusent de tomber dans le panneau ».

La surprenante conclusion de mon « enquête » est que si, aujourd’hui, nous sommes envahis de fausses informations, la plupart d’entre elles ne sont même pas rédigées dans l’intention de convaincre qui que ce soit!

La seule motivation c’est le nombre de partages, le nombre de clics. 

Le seul but est de faire de l’argent.

…et ce n’est quand même pas la faute des rédacteurs de fausses nouvelles si leurs meilleurs « clients » sont les extrémistes de tout poil!

Alors demain, quand vous lirez une nouvelle trop belle pour être vraie, une nouvelle qui illustre parfaitement vos idées les plus intolérantes, avant de la partager, posez-vous la question…

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